Plaidoyer pour un classement des verbes français

par Fernand Bentolila
Professeur honoraire
Université René Descartes, Paris.
fbentolila@gmail.com

Treading in the way paved by André Martinet and Jean Dubois the author intends to classify French verbs on the basis of their phonetic form. He only retains the root forms of the present tense, and defines four large classes of verbs: the one radical verbs, the two radicals verbs with a [1236 / 45] distribution, the two radicals verbs with a [123 / 456] distribution, and finally the three radicals verbs which all present the distribution [123 / 45 / 6]. The criterion for the classification proved to be efficient (? operative): it enables us to group most traditional 3rd group verbs in a small number of well-defined groups; and to integrate other verbs than verbs ending in – er in the class of the one base verbs; it is not necessary to create a group for the only type finir which can be included in a larger class of other similar types. Moreover, this classification brings out interesting regularities regarding the formation of a few verbal syntagms such as the imperfect, the present participle, the subjunctive and the future. It is hoped that this paper will be useful to the educational specialists wishful to simplify the teaching of conjugations and not to let the inadequate traditional classification continue endlessly.

1.Méthode de description

Tant d’autres avant moi ont déjà prêché la bonne parole, et critiqué le classement traditionnel des verbes français ; sans résultat apparemment. Je lance tout de même ma bouteille à la mer, en espérant qu’un jour des pédagogues audacieux vaincront l’immobilisme des éditeurs de manuels scolaires, et le conservatisme de tous ceux qui ont été formatés par l’école et qui s’accrochent aveuglément à un savoir périmé. C’est à ces pédagogues de bonne volonté que je veux adresser cet article, en espérant qu’il pourra les aider à mettre en œuvre une méthode plus simple pour apprendre les conjugaisons.

  1. Doit-on classer les verbes ?

D’une manière générale, toute description de langue aboutit à des classements qui font partie intégrante du système : par exemple, on classe les unités significatives (noms, verbes, etc.), les unités distinctives (occlusives / fricatives, labiales /gutturales, etc.). La morphologie des verbes donne lieu, elle aussi, à une répartition en conjugaisons : en latin on en compte cinq : amo (amare), moneo (monere), lego (legere), capio (capere), audio (audire). Ce système, une fois dégagé, est indispensable en didactique.
Comment classer les verbes français ?

On connaît le classement traditionnel en trois groupes.1 Il se fonde prioritairement sur la graphie 2, privilégie comme critère la forme de l’infinitif, et enfin il est « inachevé » : il laisse de côté des verbes très différents qu’il rassemble sans les classer dans le 3e groupe. Peut-on faire mieux ?

Il me semble qu’on n’a pas encore tiré le meilleur parti des travaux d’André Martinet (1958 ; 1979) et de Jean Dubois (1967) qui ont ouvert, il y a cinquante ans, une voie nouvelle dans ce domaine. En s’inspirant de ces deux chercheurs, c’est-à-dire en s’appuyant sur la phonie, on pourrait simplifier la description des formes du verbe et proposer un meilleur classement des verbes. Mais ma démarche se différencie de celle de Dubois : ce dernier prend en compte tous les radicaux du verbe, ce qui le conduit à classer des verbes comportant jusqu’à sept bases (radicaux) ; je ne garde que les radicaux du présent de l’indicatif, ce qui permet de mettre en évidence des ressemblances et des régularités ; au-delà de trois radicaux je ne classe plus, car il s’agit de verbes à conjugaison singulière, spécifique3.

Si j’avais à justifier ce choix, voici ce que je dirais : la prise en compte de tous les critères aboutirait à une poussière de classes peut-être satisfaisante d’un point de vue purement taxinomique, mais sans grande utilité pour la didactique. Il est à noter que tous les critères ne sont pas équivalents. Certains sont plus importants que d’autres pour la caractérisation différentielle des classes. Et il faut parfois renoncer à l’exhaustivité si elle mène à l’éparpillement et à la confusion.

Le même problème peut se poser lors de l’établissement des classes syntaxiques. En effet, si l’on prend en compte toutes les compatibilités des unités, comme le recommande André Martinet, on aboutit à une multitude de classes. Il vaut mieux procéder empiriquement et ne retenir que les compatibilités pertinentes. En français, le cas de quel ? est intéressant à cet égard. Bien qu’il ait un caractère qu’il ne partage pas avec les autres déterminants du nom, à savoir la possibilité de fonctionner comme prédicat à copule (quel est cet homme ?), je le range avec les déterminants du nom car sa compatibilité avec les noms me paraît la plus importante. Notons, à ce propos, que les zoologistes intègrent le guépard dans la famille des félidés, bien qu’il soit le seul à avoir des griffes non-rétractiles.

Je décrirai cette morphologie à partir des formes phoniques et en retenant comme critère fondamental la forme du ou des radicaux de présent4 ; je soulignerai les régularités les plus manifestes, à savoir celles qui apparaissent dans la formation des quatre syntagmes verbaux suivants : imparfait, futur, conditionnel présent, subjonctif présent.

1.2. Les marques de personne

Je choisis le modèle le plus simple, le verbe chanter dont le radical ne change pas au cours de la conjugaison du présent de l’indicatif : [šãt]5.
Les marques de personne sont dégagées à partir de cette conjugaison ; par convention, je désignerai les personnes de 1 à 6 :
1 pour je, 2 pour tu, 3 pour il ou elle, 4 pour nous, 5 pour vous, 6 pour ils ou elles.

Aux personnes 1, 2, 3, 6, la personne n’est marquée que par le pronom personnel sujet :
je, tu, il ou ils [šãt ].

Pour 4, la personne est marquée par un signifiant discontinu [nu…õ] formé du pronom personnel nous [nu] et de la désinence –ons [-õ].

Pour 5, la personne est marquée par un signifiant discontinu [vu…-e] formé du pronom personnel vous [vu] et de la désinence- ez [-e].

La forme du verbe qui reste, une fois enlevées les marques de personne, je l’appellerai radical6. Je m’appuierai sur la forme constante ou alternante de ce radical pour opérer un classement des verbes.

2.Classement des verbes suivant le nombre de radicaux au présent 

Quand on considère la conjugaison des verbes au présent d’un point de vue phonique, on constate que, sauf quatre exceptions, ils ont 1, 2, ou 3 radicaux.
Les verbes irréguliers sont ceux qui ont plus de trois radicaux au présent ou qui présentent des alternances spécifiques qu’on ne retrouve pas ailleurs ; par exemple, en combinaison avec tel ou tel déterminant grammatical du verbe (désormais déterminant), ils ont un radical spécifique très éloigné phonétiquement du ou des radicaux du présent : ils ne seront pas classés ici. Il s’agit des verbes être, avoir, aller, faire.


  1. Verbes à 1 radical de présent

Type chanter

Ce verbe garde la même forme [šãt] au cours de la conjugaison :

1je chante[šãt]
2tu chantes[šãt]
3il chante[šãt]
4nous chantons[šãt-õ]
5vous chantez[šãt-e]
6ils chantent[šãt]

Bizarrement, outre les verbes à infinitif en -er, on trouve dans ce type des verbes du 3e groupe, c’est-à-dire des verbes non classés par la grammaire traditionnelle.
– Quelques verbes à infinitif en -re, ou en –ir comme conclure [kõkly], courir [kur], forment leur imparfait, leur futur, leur conditionnel, leur subjonctif présent et leur participe présent comme chanter c’est-à-dire sur leur radical unique.
– Les verbes en –vrir ou en –frir comme ouvrir [uvr], découvrir, recouvrir, souffrir et les verbes cueillir, saillir (« être en saillie »), assaillir, tressaillir, défaillir forment tous leur imparfait, leur subjonctif présent et leur participe présent comme chanter c’est-à-dire sur leur radical unique ; mais ils forment leur futur et leur conditionnel sur leur radical élargi en [-i].

  1. Verbes à 2 radicaux de présent à répartition 1 2 3 6 / 4 5

La forme du radical aux personnes 1 2 3 6 s’oppose à la forme du radical aux personnes 4 5.

Type jeter : (alternance [ə / ɛ])

1 2 3 6 : [žɛt] je jette, tu jettes, il jette ou ils jettent [žɛt]

4 5 : [žət] nous jetons [žət-õ ], vous jetez [žət-e]

Appartiennent à ce type les verbes à infinitif en -er, comportant un [ə] à l’avant-dernière syllabe de l’infinitif, comme semer, peser, lever etc.

Type céder : alternance [sɛd/ sed-]

1 2 3 6 : [sɛd] je cède, tu cèdes, il cède ou ils cèdent [sɛd-]

4 5 : [sed] nous cédons [sed-õ ], vous cédez [sed-e]

Appartiennent à ce type les verbes à infinitif en -er, comportant un [e] à l’avant-dernière syllabe de l’infinitif, comme espérer, rapiécer, alléguer, abréger etc.

Type nettoyer : alternance [-wa / -waj]

1 2 3 6 [netwa] je nettoie, tu nettoies, il nettoie, ils nettoient.

4 5 : [netwaj] nous nettoyons, vous nettoyez.

Appartiennent à ce type des verbes comme envoyer, aboyer, voir, croire, asseoir (dans un de ses paradigmes).

Remarque :
appuyer : présente une alternance [-ɥi/ -ɥij].
payer : présente une alternance [-ɛ/ -ɛj] dans un de ses paradigmes ; il peut aussi garder le même radical [pɛj] dans toute sa conjugaison.

Type mourir : alternance [moer / mur]

Type acquérir : alternance [akjɛr / aker]

Tous les verbes de ce groupe forment leur imparfait (et leur participe présent) selon la règle générale, c’est-à-dire sur le radical de la personne 4. Ils ont au subjonctif les mêmes radicaux qu’au présent avec la même distribution.
ex. jeter : radicaux [žɛt / žət]

1 2 3 6 : que je jette, que tu jettes, qu’il jette, qu’ils jettent [žɛt].
4 5 : que nous jetions [žət-iõ], que vous jetiez [žət-ie].

Ils empruntent leur radical de futur au présent ; radical de 1 2 3 6 pour les types jeter, nettoyer, fuir, traire, asseoir, prévoir, pourvoir, croire ; radical de 4 5 pour les types mourir et les verbes en –quérir.
Exceptions : les types voir et envoyer présentent un radical de futur spécifique :
il verra, il enverra.


  1. Verbes à 2 radicaux de présent à répartition 1 2 3 / 4 5 6

Ces verbes opposent un radical court (aux personnes 1, 2, 3), à un radical long (aux personnes 4, 5, 6).

Le plus souvent, le radical court a une finale vocalique [-i, -ã, -õ, -a, -e, -u], et le radical long s’obtient en ajoutant une consonne [-s, -z, -v, -d, -t, -k, -l, -p] au radical court. Si l’on représente l’alternance sous sa forme générale [-V / -VC], la parenté morphologique de ces verbes saute aux yeux.

Quelques verbes ont un radical court à finale consonantique [-r]. Le radical long se forme en ajoutant une consonne [-m, -v, -d ou -t] au radical court. Ici encore, pour montrer l’apparentement de ces verbes, on peut schématiser l’alternance sous sa forme générale
[-r / –r C] , où C représente une des quatre consonnes [-m, -v, -d ou -t].

On peut ranger les différents types soit d’après le timbre de la voyelle finale du radical court, soit d’après la nature de la consonne finale du radical long.
C’est cette dernière solution que j’ai choisie.

2.3.1. Verbes à radical court à finale vocalique.

1° type : finir [fini / finis] radical long à finale [-s]

2° type : médire [medi / mediz] radical long à finale [-z]

3° type : écrire [ekri / ekriv] radical long à finale [-v]

4° type : vendre [vã / vãd] radical long à finale [-d]

(appartiennent à ce type des verbes en :
-endre, -ondre,
, comme : pendre, pondre,…)

5° type : battre [ba / bat] radical long à finale [-t]

Appartiennent à ce type des verbes comme mettre, vêtir

6° type : vaincre [vẽ / vẽk] radical long à finale [-k]

7° type : rompre [rõ / rõp] radical long à finale [-p]

8° type : moudre [mu / mul] radical long à finale [-l]

Certains verbes présentent des alternances plus complexes ; on les dit irréguliers car leur radical long (des personnes 4, 5, 6) ne se forme pas par simple adjonction d’une consonne au radical court comme le font les verbes réguliers :

Type peindre [pẽ /pɛñ]

Type joindre [žwẽ / žwañ]

Type résoudre [rezu / rezɔlv]

NB. Les types valoir alternance [vo / val] et savoir alternance [se / sav] sont irréguliers.

2.3.2. Verbes à radical court en [-r] 

Le radical long se forme en ajoutant une consonne [-m, -v, -d ou -t] au radical court.

Type dormir : alternance [dɔr / dɔrm]

Appartiennent à ce type les verbes servir, partir. La seule différence avec les types précédents est la finale consonantique du radical court (au lieu d’une finale vocalique) ; mais le radical long se forme régulièrement par adjonction d’une consonne au radical court.


2.3 .3. Conclusion sur les verbes à répartition 1, 2, 3 / 4, 5, 6.

On s’aperçoit que ces verbes qui semblent très différents formellement présentent en fait une conjugaison analogue au présent avec une alternance (123 / 456). Si l’on excepte les types peindre, joindre, résoudre, savoir, valoir, on peut schématiser cette alternance par la formule phonique [X / X-C] où X représente un radical court quelconque, et où X-C représente le radical long formé par adjonction d’une consonne (C) au radical court. C’est pourquoi je propose de les ranger tous ensemble et d’y inclure les verbes du 2e groupe de la grammaire traditionnelle (type finir).

Comme on l’a vu plus haut, les seules différences sont :

  • Le timbre de la voyelle finale du radical court : [-i] pour finir, médire, écrire, [-ã] pour vendre, [-a] pour battre, [-e] pour mettre, [-] pour vaincre, [-u] pour moudre ;


  • La nature de la consonne finale du radical long : [-s] pour finir, [-z] pour médire, [-v] pour écrire, [-d] pour vendre, [-t] pour battre, [-k] pour vaincre et [-l] pour moudre.


  • Le radical court à finale [-r] pour le type dormir.

Le classement opéré par les linguistes s’avère supérieur à celui de la grammaire traditionnelle qui privilégiait le type finir, au point de créer un groupe spécial pour lui7, alors qu’il n’est qu’un cas particulier d’un groupe plus vaste, celui des verbes à 2 radicaux opposant [1, 2, 3] à [4, 5, 6].

Tous ces verbes présentent des régularités évidentes : ils forment tous leur imparfait, leur subjonctif et leur participe présent sur le radical long. Et leur futur est facile à construire à partir de l’infinitif :
finir / finira, médire / médira, écrire / écrira.
vendre / vendra, battre / battra, mettre / mettra, vaincre / vaincra
moudre / moudra, peindre / peindra, joindre / joindra, résoudre / résoudra.
dormir / dormira, partir / partira, servir / servira, sentir / sentira.
Ils doivent donc être regroupés au lieu d’être dispersés dans ce 3ème groupe indifférencié de la grammaire traditionnelle


  1. Verbes à 3 radicaux

Ces verbes présentent tous la même répartition 1 2 3 / 4 5 / 6, c’est-à-dire qu’ils ont 3 radicaux différents, un pour les personnes 1 2 3, un autre pour les personnes 4 5 et un autre pour la personne 6.

Type 1 : devoir alternance [dwa / dəv / dwav]

1, 2, 3 : [dwa] je dois, tu dois, il doit

4, 5 : [dəv] nous devons, vous devez

6 : [dwav] ils doivent

Appartiennent à ce type des verbes comme recevoir, apercevoir.

Type 2 : boire alternance [bwa / byv / bwav]

Type 3 : prendre alternance [prã / prən / prɛn]

Type 4 : tenir alternance [tjẽ / tən / tjɛn]

Type 5 mouvoir alternance [mö / muv / mœv]

Type 6 pouvoir alternance [pö / puv / pœv]

Type 7 vouloir alternance [vö / vul / vœl]

N.B. Ces trois derniers types pourraient être regroupés car ils ont des alternances analogues ; mais je préfère les distinguer car ils ne présentent pas les mêmes variations en combinaison avec les déterminants. Par exemple. avec le subjonctif : on a meuve : [mœv], vs puisse : [pɥis], vs veuille : [vœj].

Tous les verbes de ce groupe forment leur imparfait (et leur participe présent) selon la règle générale, c’est-à-dire sur le radical de la personne 4.
Sauf vouloir et pouvoir, ces verbes ont deux radicaux de subjonctif qu’ils empruntent à présent 6 et 4 5.
ex. devoir : radicaux 1 2 3 / 4 5 / 6 : [dwa / dəv / dwav]
subjonctif 1 2 3 6 : [dwav] ; subjonctif 4 5 : [dəv]
Il en va de même pour les types boire, mouvoir, prendre, tenir, venir (et leurs composés).
Exceptions : vouloir et pouvoir.
vouloir a 2 radicaux de subjonctif dont l’un est spécifique : [vœj], et l’autre se confond avec le radical de présent 4 5 [vul] ; on a [vœj] au subjonctif 1 2 3 6 et [vul] au subjonctif 4 5.
pouvoir a le même radical de subjonctif spécifique [pɥis] à toutes les personnes.

3.Conclusion

Je rappelle les points essentiels de cette étude. Je me suis engagé dans la voie ouverte par André Martinet et Jean Dubois pour classer les verbes à partir de la forme phonique de leurs radicaux. Contrairement à Dubois, je ne prends pas en compte tous les radicaux mais seulement ceux du présent de l’indicatif ; et, au-delà de 3 radicaux, je ne classe plus. Le critère retenu pour le classement s’est révélé efficace : il a permis de définir quatre grands groupes de verbes, suivant qu’ils ont un radical unique, deux radicaux à distribution 1236 /45, ou deux radicaux à distribution 123 / 456, ou enfin trois radicaux. J’ai pu ainsi répartir, dans les groupes ainsi définis, les verbes du 3e groupe de la tradition ; et inclure, dans la classe des verbes à radical unique, d’autres verbes que les verbes en –er ; il n’était plus nécessaire de réserver un groupe pour le seul type finir qui s’intègre naturellement dans une classe plus vaste regroupant d’autres types analogues. À partir de là, on considère comme verbes « irréguliers fondamentaux » les verbes être, avoir, aller, faire, qui ne présentent aucune de ces alternances et comme « relativement irréguliers » les verbes qui, tout en présentant une alternance régulière (123 /456), ne répondent pas au schéma phonique général [X / X-C] comme peindre, joindre, résoudre, savoir, valoir. En outre ce classement fait apparaître des régularités intéressantes concernant le choix du radical dans la formation de l’imparfait, le participe présent, le subjonctif et le futur. Pour une description complète, il faudrait, à l’intérieur de cette partition en quatre groupes, définir des types et des sous-types en indiquant pour chacun d’eux ses « temps primitifs », c’est-à-dire les formes de base à partir desquelles on peut construire toutes les formes du verbe.
J’espère que cette étude pourra être utile aux didacticiens soucieux de simplifier l’enseignement des conjugaisons et de ne plus perpétuer un classement traditionnel inadéquat.

Références bibliographiques

Bescherelle Louis-Nicolas, 1959, L’art de conjuguer, Paris, Hatier.

Caput Josette et Jean-Pol, 1969, Dictionnaire des verbes français, Paris, Larousse.

Dubois Jean 1967, Grammaire structurale du français, Le verbe. Paris, Larousse.

Martinet André, 1958, « De l’économie des formes du verbe en français parlé », In Studia philologica et litteraria in honorem L. Spitzer, Berne, Francke.
Martinet André, 1979, Grammaire fonctionnelle du français, Paris, Didier.

Riegel Martin, Pellat Jean-Christophe et Rioul René, 1994, Grammaire méthodique du français, Paris, PUF.

1 Les grammairiens n’ont pas cessé de le critiquer, mais il a de beaux jours devant lui si j’en juge par le succès des manuels qui s’y réfèrent encore.

2 Ce parti-pris entraîne des complications qui apparaissent clairement dans les formulations « mixtes » de Riegel, Pellat et Rioul (1994 : 274) qui veulent saisir à la fois la phonie et la graphie :
« Les verbes en –oyer et –uyer, comme nettoyer et essuyer changent le –i– [netwa], [esɥi] en –y– [netwaj], [esɥij] devant une voyelle autre que e caduc.»
Faut-il encore respecter une tradition graphique désuète qui pousse certains grammairiens à orthographier le futur de céder (ilcédera) avec un accent aigu, malgré la prononciation actuelle la plus courante avec un [ɛ] ouvert ? (Voir Bescherelle, 1959 : 22, 24, 29 ; Josette et Jean-Pol Caput, 1969 : 476, 488, 492, 494 ; Riegel, 1994 : 273. Ces trois manuels préfèrent la tradition au bon sens de l’arrêté Haby du 28-12-1996, confirmé par la réforme de 1990.)

3 Ma démarche ne se différencie pas de celle de Martinet dans la Grammaire fonctionnelle du français.Mais les résultats auxquels j’aboutis sont plus simples. En effet, à l’époque où je faisais les recherches préliminaires pour cette grammaire, je n’avais pas vu tous les avantages qu’on pouvait tirer du recours aux seuls radicaux du présent pour un classement systématique.

4 Traditionnellement on nomme les verbes par leur infinitif, et c’est cette forme qui apparaît comme entrée dans les dictionnaires. Rien ne nous empêcherait d’imiter la convention en usage pour les langues chamito-sémitiques et de concevoir un lexique des verbes français classés par radicaux : l’entrée finir serait à chercher à [fini] et à [finis]. Il rendrait les meilleurs services aux apprenants étrangers.

5 Les notations phonétiques sont mises entre crochets.
voyelles orales [a, e, ɛ, ӧ, œ, i, o, ɔ, y, u] :

[e]

comme dans , [ɛ] : raie, [ӧ] : peu, [œ] : peur, [o] : pot,[ɔ] : port, [y] : pur, [u] : pour
voyelles nasales [ã, ẽ, œ᷉, õ] :
[ã] comme dans an, [ẽ] : rein, [œ᷉] : un, [õ] : on
semi-consonnes [w, j,  ɥ] : [w] comme dans oui, [j] : yoga, [ɥ] : huile
consonnes [b, d, f, g, k, l, m, n, ɲ, p, r, s, š, t, v, z, ž]:
[g] comme dans gant, [ɲ] : gnole, [š] : chou, [ž] : jeu

6 Certains grammairiens, à la suite de Dubois, l’appellent base.

7 On comprend pourquoi la grammaire traditionnelle a privilégié les types chanter et finir : ce sont eux qui fournissent les effectifs de verbes les plus nombreux.